Poésie / Littérature en relectures

21. déc., 2019

Brève sur Traction-Brabant 86

La verve de Patrice MALTAVERNE ne désemplit pas son verre/vers de cet humour caustique qui nous fait un bien fou. Des questions rhétoriques -apparemment, car elles n’en sont pas– se posent avec un sérieux drôle dans ses éditos de Traction-Brabant (le « POéZINE DE RéVOLTE IRRéGULIèRE FAIT MAISON» qui fête ses 15 ans), par exemple celle-ci dans le dernier numéro paru pour 2019 : l’économie du poème ferait- elle du bien à la poésie ? Le poète-éditorialiste MALTAVERNE nous répond tout de go et sans manières : « (…) je préfère le souffle en poésie, car, même s’il y a eu des abus de lyrisme, celui-ci me paraît plus généreux que le vers écono(miqu)e qui finit par modifier notre perception des choses. » Que pourrait nous offrir la poésie si ses poèmes ne nous permettaient pas de revoir/retoucher justement et autrement notre perception des choses ? Dans une tonalité « Gros Texte » (au sens laudatif de la collection éditoriale homonyme, dans laquelle, par ailleurs et non par hasard, le même MALTAVERNE a déjà publié : cf. Débile aux trois quarts), l’insoumis MALTAVERNE nous incite à nous improviser mutin plutôt que moutons de Panurge et, oui, cela fait un bien fou.

 À l’heure des budgets revus à la baisse pour être à tout prix politiquement corrects et à l’heure des fausses bienveillances philanthropes, ce numéro de Traction-Brabant ("T-B" pour les intimes : les fidèles : les vrais lecteurs) rajuste encore les pendules du monde en nous y remettant dans les envers, là où l’ecce homo est bien lisible, ce qui, soit, s’avère moins confortable mais davantage garant d’espoirs (et) d’ouverture qu’être pliés et/ou le doigt sur la couture… Les textes publiés dans ce #86 détonnent, rabotent les surplus maniérés, ajustent à l’œil/à l’aune du monde jetable/recyclable/modulable promu par l’ecce homo normal, une poésie singulière, sortie des ornières, voie sans issue mais issue de secours, à rebrousse-pas des marches convenues. Position indétrônable que celle des poètes du reste : jamais on ne les taxera, ô grand jamais, sur la part de leurs rêves !

 À Courir dans le noir avec des millions d’autres comme Laurène DUCLAUD, au milieu de « riches tueurs en cravate, aux dents d’argent », en croisant « une manif pour tous », on espère tous, oui « secrètement », « l’Apocalypse douce ivre ». Nous nous sentons c’est vrai un tant soi peu étrangers à nous-mêmes dans ce drôle de monde où « les protubérances de la thune (nous) pèsent », affirme Jérémy RODRIGUEZ, jamais délestés que nous sommes de toujours vouloir posséder plus, plus que son alter ego, AVOIR that is the question, et la faute à qui sinon à ces « inconnus » qui ne font que manifester, pourtant et après tout, leur appétit de vivre ? Rien de mieux qu’un Sonnet antiviral pour « garde(r) le moral (Nicolas GRENIER) ? « Accepter la fin/rêver la cime des arbres » (Clément BOLLENOT), embarquer définitivement pour Une île, « loin de cette société de consommation qui rend trop de gens encore plus débiles qu’ils ne le sont au naturel ». Et si « rien (n’est) à attendre pour l’instant » (Frédérique DUBALLET)le dire en poésie et sans façon, dans la forme sans manières d’une prose du désespoir à l’instar des auteurs publiés de ce numéro, n’empirera rien, puisque nous attaquons la falaise déjà depuis quelques longueurs, puisque nous ne savons plus, à cause de cela, que percevoir dans Le Glouglou des mandibules (Marc LIÉNET) et des rêves en stuc, « des nefs qui veillent / aux mélopées de l’utopie » pour idéal du moins garder/ réalité de rêves sauvegarder. La fonction de la poésie d’ailleurs n’est-elle pas de nous le rappeler ? Et de nous réveiller ? De nous inviter vaille que vaille à voyager, vagabonder, clopiner, errer, « notre péniche (…) amarrée / pleine de livres // Et la pierre dans notre poche (…) trop lourde pour ricocher » ?

Les images de Pierre VELLA, Cathy GARCIA, GEORGES THIERY, Michel TALON, Jean-Marc COUVÉ, Chantal GODÉ-VICTOR, Jean-Marie ALFROY, qui illustrent ce n°86 de Traction-Brabant, rehaussent à la lettre les espoirs/les « femmes »/les flammes « d’Ardeur » (Vincent GISPERT) qui traversent nos veines/nos vaisseaux gonflés de larmes et du sang de l’air quand il frappe/ « s’inquiète », martèle/cogne au bout de nosroutes, et que l’espoir têtu nommé poésie continue de « trottiner pour le plaisir », nous emmener « faire le tour du monde en pensées » (Richard ROOS-WELL), là où « le cosmos dans sa petite boîte noire » (Robert ROMAN) mène Une vie de diamant écoulée à même le vertige noir dans le vide galactique et la forge des galaxies,  là où brûle ce feu précieux qui nous anime/nous abîme, habité par « ce mot : lampe-tempête » (Etienne PAULIN) qui balance sur la barque de nos existences : POÉSIE…

 

 

© Murielle COMPÈRE-DEMARCY (MCDem.)

13. déc., 2017

Reverdy, l’enchanteur…

 

 

L’image, en poésie, occupe une place primordiale. Surgie de la confrontation d’éléments de la réalité éloignés les uns des autres, elle peut offrir et ouvrir des possibles créatifs de lecture et d’interprétation. Et transcender le regard. Et transcender la vie. Ce rapprochement de deux mots ou de deux réalités éloignés créé l’image poétique et l’étonnement : choc visuel sur la page, choc intellectuel aussi et au-delà.

À l’origine d’une véritable transmutation cette image,

que Pierre Reverdy définit comme «un acte magique » dans Cette émotion appelée Poésie, produit des miracles (différents des mirages), lorsqu’elle touche l’esprit et la sensibilité de notre quotidien.

Une fenêtre alors s’ouvre plus largement devant nous, ou un miroir se traverse, avec pour horizon tout un univers d’« appropriation du réel » (Id.) par le poète et pour le lecteur, bien plus profonde qu’un simple reflet ou qu’une simple représentation. De même, la réalité que le poète exprime s’inscrit et s’écrit au cœur des choses plutôt qu’à leur surface. Le poème donne à voir sous un autre jour notre vie quotidienne, qui s’en trouve du coup, grandie ; un cadre dès lors se dessine (car il en faut bien un), qui trace un paysage naturellement jailli au fil des mots. Tout un poème ! …

Pierre Reverdy donne à voir un monde en poèmes

grâce à cette transmutation qu’il opère en exerçant

l’image poétique sur le texte original du quotidien.

 

Grâce à l’image poétique, l’auteur de Main d’œuvre exprime toute une palette sentimentale d’une humanité sensible et sensuelle, par le biais de la comparaison, mieux, de la métaphore.

La force selon moi de l’auteur du Chant des mots est d’exercer l’image poétique au plus proche authentique de notre quotidien. Authentique dans la mesure où la vie quotidienne ici célébrée prend de l’altitude, où son existence est ici saisie dans ses traits essentiels. « Un poète sans fouet ni miroir », écrivait du poète René Char. Reverdy ne cède ni à la surenchère ni aux clichés ou effets surfaits dans son maniement de l’image poétique. L’alchimie de ses poèmes a lieu sans forcer l’image : sans forcer notre représentation du monde. Sa poésie souffle –intensément réelle, l’air de rien- comme un vent de lumière. La force de l’auteur de Flaques de verre, de La Lucarne endormie, Des Ardoises du toit, de La Guitare endormie, tient dans sa Main-d’œuvre singulière d’un monde (en-) chanté dans sa justesse et dans son éclat grâce à la puissance de sa poésie. On est là comme aux sources même du vent. Une pesanteur (la vie quotidienne) devenant aérienne ; un souffle (le poème) sur le poids devenu allégé du quotidien. Des « étoiles peintes »

 

© Murielle Compère-Demarcy (MCDem.) - 2013

 

10. déc., 2017

Article critique de Murielle Compère-Demarcy sur "Ni bruit ni fureur" de Lucien Suel (éd. La Table ronde) sur le site de Poezibao

10. déc., 2017
10. déc., 2017
"Ni bruit ni fureur" de Lucien Suel

Article critique de Murielle Compère-Demarcy, publié dans Poezibao