A propos de Présence de la poésie : Pascal Commère, éd. des Vanneaux ; 2018

10. sept., 2018

(Note de lecture), Amandine Marembert, Pascal Commère, par Murielle Compère-Demarcy

Présence de la poésie : Pascal Commère, éd. des Vanneaux ; 2018

 

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7. sept., 2018

Une Mère – Le cri retenu, récit, Pierre PERRIN, éd. Le cherche midi éditeur ; 2001

[154 p.] - 16, 50 €

Les 2 notes de lecture que j'ai écrites sur cet ouvrage sont consultables sur le site de la Revue "Possibles", en septembre 2018.

L'une a été publiée dans la revue Texture de Michel Baglin, en septembre 2018.  

"Ce livre n’est pas seulement un « récit » autobiographique, puisqu’il s’adresse « à nos mères », à savoir à cette figure incontournable et mystérieuse de nos singulières mythologies personnelles à nous tous.  « Pour l’enfant de la campagne qui se croit indésiré », lit-on en quatrième de couverture, « l’affection est rare et rude, à la mesure du mutisme qu’on lui oppose ». Nous sommes loin ici de l’univers de l’ « Enfant-Roi» souvent choyé au 21e sècle et parfois blasé d’être trop gâté. Nous ne sommes pas non plus dans le récit d’une enfance malheureuse. Nous suivons l’auteur -le poète Pierre Perrin- dans son cheminement rétrospectif pour tenter de comprendre et donc de (re-)trouver une mère avec laquelle la communication ne fut pas simple, non par hostilité, mais par le tour du destin d’une mère « humble par force », mère « aux ambitions abattues, malgré tout exemplaire d’honnêteté et de ténacité ».

 

Le titre et sous-titre en italiques des six parties interpellent, comme cela est souvent le cas dans l’oeuvre de Pierre Perrin qui emploie et juxtapose volontiers, dans une même phrase, dans un titre, des termes ou groupes de mots apparemment antinomiques dont les univers contraires s’exaltent ou s’exacerbent de leur friction/réunion. Ainsi le poète nous annonce pour la partie IV : « La tendresse atroce. Une bouche inutile », pour la partie VI : « L’être qu’on oublie. L’aube relevée. », pour la partie VI : « Oublie la fosse. L’adoration ». Cette surprise du lecteur à la découverte des titres de chapitres pierres d’édifice du récit l’incite à aller voir de plus près de quoi il retourne après les lignes sommaires…

Deux sous-parties se déroulent sous chacune des six parties qui constituent en somme un acte avec deux scènes, la seconde déclinant ses caractères narratifs en italiques. Chaque partie correspond à une période de vie de l’enfant Pierre Perrin, qui ressurgit et laisse l’auteur/narrateur qui se souvient, presque un demi-siècle plus tard, «(…) la gorge sèche, dans le puits des années mortes ». En racontant la vie de sa mère, Pierre Perrin retourne au pays de son enfance et s’adresse post-mortem à cette mère à laquelle il n’a pas dit la tendresse qu’il aurait dû selon lui lui confier pour  « conjurer la défaite » d’une mère « abandonnée, seule ». Il adresse à sa mère défunte une lettre d’amour longue de 154 pages, poignante tant que le lecteur serre des poings à certains passages du livre qu’il sait être les siens, doigts pliés sur ses propres regrets (« remords »/ « repentirs ») ou souvenirs souterrains d’un puits perdu.

 

« Je reste le coeur dévoré d’incertitudes. Les reins cordés, les côtes striées de nœuds jusqu’aux épaules depuis des années, les remords rabattent comme la fumée dans la cheminée. Tout ce que je ne t’ai pas donné, tout ce que je t’ai volé de naturelle tendresse, de joie, de paix, qui m’auraient peu coûté, monte dans ma gorge, coud mes paupières sans contenir mes larmes. C’est trop tard, irrémédiablement, voilà que je t’aime. Tu n’es plus là pour sourire, de tes lèvres si tristes, qui ne sifflaient pas l’amertume. Insultée parfois, saisie à la gorge, tu me rejetais sans violence, tu pleurais. Tu ne condamnais que mon orgueil. »

 

La vacance intime ne se comble pas, mais l’Écrire peut tenter de faire se rejoindre par-delà la mort des êtres qui ne parvinrent pas à se parler contraints chacun de jouer son rôle familial et de s’y tenir. Des êtres séparés par un gouffre générationnel qu’il est si difficile de colmater par l’écoute, l’attention et le respect, surtout lorque l’on est enfant ou adolescent et que les adultes d’emblée réprésentent ce que l’on ne veut pas devenir. Pour d’autres lecteurs ce livre d’amour testamentaire à une mère servira peut-être de déclencheur pour franchir un non-dit pour lequel il faut parfois toute une vie pour le surmonter. Du moins Une Mère – Le cri retenu allume, par son témoignage saisissant et ses mots à vif incrustés dans les pages vivantes d’un récit de vie, l’espoir que l’amour maternel/filial, quels que soient les non-dits, trouve parole au-delà des rencontres concrètes et des contingences qui, immanquablement, un jour s’éteignent. Peut-être restera-t-il de ce livre, écrit Pierre Perrin, « comme un parfum qui s’étiole sans tout à fait mourir malgré la nuit, un peu des gestes, des lèvres, de l’âme de ma mère que j’aurai cent  fois tenue entre mes bras, je crois, jusqu’à son dernier souffle. ». Peut-être que le temps attendait que l’écrivain-poète Pierre Perrin ait la force d’ouvrir ce "livre de sa mère" sur le seuil d’un oubli ratrappé de justesse par le recueillement d’une mémoire individuelle voulant laisser trace des ancêtres et par là de notre passé à tous. De notre Humanité.

© Murielle COMPÈRE-DEMARCY (MCDem.)

 

6. juin, 2018

Là où l’humain se planque, Angèle CASANOVA, Editions Tarmac, coll. Complément de lieu ; 2017

[27 p.] - 8

2e note de Murielle Compère-Demarcy (MCDem.) à propos de Là où l'humain se planque

cf. la 1ère sur le site des éditions Tarmac

Là où l’humain se planque – texte écrit à partir de photographies de François Bonneau pour les Vases communicants d’avril 2013- décline en douze pages l’aléatoire singulier d’une implosion. Aléatoire puisque toute vie personnelle l’est, soumise à la contingence des faits, d’autant plus lorsqu’elle s’enfonce dans l’indifférence généralisée ou, pire, fait l’objet d’une agression silencieuse. C’est le cas de « Il » -non nommé : abandonné à son anonymat-,en quelque sorte séquestré dans son « clapier » d’immeuble où il vit en re retrait pour échapper à la cohabitation avec « la chieuse ». « Cet appartement. Cet immeuble. Le dégoûtent. Profondément. Il ne voulait pas. Elle lui a forcé la main. Rien à faire. Faut toujours qu’elle décide.Et lui. Il doit suivcre. À contrecoeur. Ce qu’il en pense, rien à battre. Quand il a des vélléités de rébellion, elle le remet à sa place. Celle de ses 20 pourcents. » (…) Qu’il possède. Le bénéfice de son salaire. Pas d’apport. » « Elle », bénéficie de 80 pourcents, grâce à « l’apport », à ce qu’elle a hérité. D’entrée, le huis-clos se cale dans le rectangle 10 X 20 cm de la page où l’histoire nous déroule l’enfermement de « il ». Séquestration physique et psychologique dont la toile d’araignée se tisse jusqu’à, peut-être, l’issue fatale, -que le rythme saccadé, volontairement essouflé par mimétisme situationnel, d’Angèle Casanova, défile bribes par bribes du presque-rien, d’un vécu qui se dévide peu à peu de sa substance émotionnelle, dépossédé de la tension d’un sens existentiel ; -s’ « il » ne réagit pas. L’asphyxie dans laquelle le « minable » (point de vue de « la chieuse ») est encamisolé, se débat encore un peu en s’arrangeant un coin de survie (« Il se demande. Parfois. Ce qu’il a vraiment. Ce qui est vraiment à lui. Ici. Qu’est-ce que c’est que 20 pourcents. Qu’est-ce que ça représente. Les toilettes. Le cagibi. Les penderies. Les pièces techniques. (…) Il s’accroche à ça »). Cet espace étouffantde survie se taillera t-il la part de soleil qu’il mérite malgré tout ? La part de soleil qui entre dans l’immeuble « étudié pour l’ensoleillement maximal », aux antipodes de l’ensoleillement intérieur plombé et pompé par « la chieuse ». Un changement ou un revirement de situation aura-t-il lieu interrompant cette involontaire descente aux envers la tête sous l’eau ? Qui, ou quoi, secouera peut-être cette traversée de la vie en automate où « il » « n’écoute plus. Ne pense plus. Chantier en cours. Chantier de sape en cours. (…) Les yeux dans le mur. Se demander. Comment s’échapper du rectangle » ? …

À ouvrir dans trente ans, le deuxième texte, quitte les bas-fonds pour « le plafond ». Où l’araignée tisse aussi. Dans la tête de « elle », cette fois. L’écriture d’Angèle Casanonva nous plonge en apnée en même temps qu’elle nous fait vivre la descente aux abysses de ses personnages (réduits à n’être plus personne) : nous plonge dans les profondeurs « où l’humain (l’Humain et l’humain) se planque », aux dépens de nous, en dépit de tout, malgré le possible surgissement de l’espoir. « Elle » dans ce deuxième texte se réduit à n’être « plus qu’un regard orienté d’un point A, situé sur un lit placé face à la porte de cette pièce obscure, vers un point B, le plafond craquelé de cette même pièce. »

Enfermé, les Personnages-Personne d’Angèle Casanova trouve encore des balises dans l’espace géographique / géométrique limité, où leur perdition psychologique rejoint l’infini épuisement de l’isolement, face au mur. L’écriture ici frappe textuellement la chute de laissés-pour-compte, de morts-vivants comme leur tête se cogne contre les murs ; l’écriture s’écorche et halète au même rythme que leur anéantissement (descente et enténèbrement de la Singularité - « Je »- jusqu’à la dépossession de soi -chantier d’impersonnalisation en cours- ,jusqu’au « ON » indifférencié.

Le dernier texte, celui de "L’auteur par l’auteur", nous annonce la luminosité captée : « Dire le monde tel qu’il est, même si ça fait mal. Plonger la tête sous l’eau, jusqu’à se noyer. Se foutre des beignes pour ne pas oublier que le monde est tel qu’il est, que ce genre de truc, ça se passe tout le temps, ailleurs, loin, et encore, peut-être, derrière une porte sur votre palier.Alors imaginer ce que ça fait, de se retrouver dans cette situation, quand on est une personne, pas une plante, une personne, qui pense, qui cogite, qui a tout le temps, puisque souffrir, ça prend su temps,n surtout quand on vous en donne, du temps. »

Le Texte de l’opus « imagine » et plonge le lecteur dans l’abîme de cette situation. Le lecteur avance, se débat avec le désespoir de celui ou celle qui n’a plus de JE, et veut, malgré tout, sortir avec lui / elle, sortir la tête de l’eau. Pour reconstruire (puisqu’ « en l’absence de JE, il n’y a plus personne à détruire, plus de but. »). Pour sortir-vivre-soi-à la surface-heureux comme à l’intérieur. L’ écrire. Pour faire être par l’Ecrire le sale et l’abject de l’existence qui existe, chez soi ou peut-être en face de chez soi. Pour le dire et le sortir du no man’s land à en « cri »er où il patauge sans pouvoir le dire. Pour dire. Ne pas rester indifférent. Pour ne pas se taire.

 

© Murielle COMPÈRE-DEMARCY (MCDem.)